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L’amour au temps des incendies
Art, science, religion, les façons d’aborder le thème de l’amour sont vastes, immenses, d’aucun.es diraient infinies. Parler d’amour serait presque comme vouloir parler de la vie. Alors par où commencer ? D’autant plus qu’il ne s’agit pas juste d’un mot, ce sont aussi des mots : les Grecs avaient ainsi près de 14 substantifs pour le définir (qui apparaîtront en italique dans cet article) et des maux aussi, pour nous rappeler les douleurs auxquelles le fait d’aimer se rattache. « L’amour est une maladie sexuellement transmissible » disait W.Allen.
On commencera donc par évoquer l’amour par l’angle de notre monde en crise écologique et culturelle, en se rappelant que le langage courant est souvent bien pauvre pour exprimer ses nuances avec justesse, et il semblerait que cela n’aille pas en s’arrangeant1. Car en France en 2026, on aime toujours son partenaire, comme on aime ses amis, boire une bière, ses géraniums, ses parents, ses enfants ou son chien. Des sentiments qui ont pourtant des implications fort différentes, comme le puissant amour maternel inconditionnel que reçoit le nouveau-né à sa naissance et que chacun.e essaiera de retrouver inconsciemment toute sa vie (storgê). Sans cet accueil, la relation se mue en écueil et on sait que les nourrissons privés d’affection se laissent mourir assez rapidement. Et quand plus tard l’enfance (famille dysfonctionnelle) ne se passe pas très bien non plus c’est toute la vie affective de l’adulte qui sera impactée, créant sa cohorte de relations toxiques et de comportements addictifs. La vie humaine, pour beaucoup, un chemin de croix. Car l’ambivalence fondamentale de l’existence (notion de dualité en philosophie) vient immanquablement impacter le sentiment d'unicité des débuts (l’idéal)... Ainsi les deuils seront-ils un passage obligé dans la vie. « Qui crie à la naissance comprend pourquoi au moment de mourir » dit un proverbe slave. À tel point, qu’en ces temps agités, les déceptions sentimentales deviendront une norme et colères et tristesses profondes qui s’ensuivront poseront une question existentielle récurrente: comment celui qui comptait le plus, peut-il disparaître pour un autre, ou nous haïr, ou devenir indifférent pour toujours..? Expérimenter la mort de son vivant sans pouvoir la traverser serait-il à l’origine de notre souffrance2 ?
Alors amour illusion, amour sensation, amour confusion, un mot pour en dire cent, si j’y ajoute en plus le filtre de ce que je veux et peux bien entendre à ce sujet... Dans cette pénurie de nuances sémantiques, qui frise parfois au manichéisme du « j’aime /j’aime pas » et les blessures de rejet et division qu’elle invoque, quand je déclare ma flamme à quelqu’un, que veux-je dire en réalité ? De quoi je parle vraiment? De flirt (ludus) ? De désir (épathos)? De passion (pothos)? De mon excitation (porneïa)? De don de moi, d’aspiration de mon âme (eunoïa)? Est-ce que j’évoque mon côté fleur bleu ou ma dépendance affective (mania) ? Mes manques, mes évitements? Mon amour de l’amour (charis), ma sensibilité, mon art (harmonia), ma sensualité (éros). Ou bien mon estime de moi (philautia) ?Est-ce que je parle d’une évidence? Enfin, est-ce que j’associe l’amour à la confiance, la sécurité et la paix qu’induit une union stable et durable (pragma)? À moins que je ne parle de recherches de sensations ou d’expériences sans attaches, essentiellement sexuelles, pour des plaisirs passagers immédiats sans contraintes3? Une façon d’envisager les relations qui sied à merveille à la société du zapping où l’indépendance du moi prime sur l’effort nécessaire à la vie en collectif, et donc la vie à deux. La tendance au célicouple (logements séparés) illustre bien cette évolution, représentant un des aspects possibles de l’amour « déconstruit » développé notamment par les mouvements féministes et woke4, qui mettent aussi la question du genre, des oppressions et du patriarcat sur la table.
Ainsi, les relations dites "amoureuses" seront un méli-mélo de tous ces courants et aspirations, parfois très mouvantes dans le temps, mais aussi conflictuelles, qui nous feront souvent perdre nos repères, et nous questionner à n’en plus finir5 pour détecter les red flags6 et vérifier si nos sentiments sont partagés.
Dans ces confrontations d’égos ( les individus qui s’assemblent avec succès, auraient les mêmes blessures psy, parce qu’ils se comprendraient mieux) on se demande si on s’aime un peu, beaucoup, passionnément.. Car au delà des multiples besoins parfois contradictoires qu’une relation intime vient nourrir et les incertitudes et l’excitation de la nouvelle rencontre (ENR) qui sont provoqués, le sentiment amoureux déconnecte littéralement certaines zones du cerveau.. Tomber amoureux est une biochimie qui crée l’attachement nécessaire à la fondation de relations durables et protectrices pour les membres de la future famille (la fameuse ocytocine, hormone de la tendresse).
Et par cet attachement parfois,.. C’est un " je t’aime à la folie"... Avec en plus le supplément: "pour toujours"..
Et ...
En fait, non.. "Pas du tout".. On se méfiera alors de la dérive du lovebombing et de ses corollaires7, nous rappelant que bois qui flambe vite ne brûle pas longtemps, et que les profils insécures8 ou même les individus issus de la triade sombre de la personnalité9 pourront palier leurs difficultés à aimer par la recherche de sensations, de pouvoir, d’argent, de reconnaissance sociale, de succès, de mérite, de bling bling, de sexe, de multiples partenaires, de danger ou de destruction (éros vs thanatos).. Les PN (pervers narcissiques) seraient toujours très à la mode.. Tellement que des penseurs parlent de notre époque comme étant celle de la fin de l’empathie10.
Heureusement, la perversion universelle tapie dans nos inconscients et dont les contours seront définis par les tabous collectifs pourra être traversée et sublimée dans des cadres consentis à travers l’évocation ou la réalisation de fantasmes (kink, bdsm, sexpo, libertinage, néo-tantra, thérapie)11. Sans cela les pulsions pourront se cristalliser à l’intérieur ou bien s’extérioriser par les abus, les viols, l’inceste, la tyrannie domestique (puis politique), les dogmes, en passant par toutes les gammes de névroses et de sexualités compulsives, parfois dangereuses (hyper-sexualité ou chemsex12 par exemple, rendu célèbre par l’affaire Palmade). les VSS (violences sexistes et sexuelles) sont ainsi devenues depuis une quinzaine d’années le combat d’une génération. Et le consentement une thématique majeure, qui mérite ici notre attention et qui n’est pas juste une affaire d’apprendre à dire oui ou à dire non, ou de se protéger contre metoo13, mais plutôt un chemin d’apprentissage des limites, et de tous les biais qui empêchent de les poser clairement et de les faire respecter. Chemin de discernement sur ses propres contradictions, qui nécessite parfois sa dose de thérapie, quand ce ne sera pour certain.es une longue voie spirituelle...
Le deep consent (consentement avancé) met ainsi en lumière l’intrication de nos émotions et besoins sous-jacents multiples pour réduire les risques de nous tromper de quai. Car il peut être difficile de prendre des décisions qui pourront engager toute une vie... D’où l’intérêt, jamais oublié pour certain.es, de reconsidérer nos choix au sein de nos communautés... On dit en Afrique qu’il faut tout un village pour élever un enfant, quand a t-on pensé que pour se mettre en couple on pouvait se passer aussi des autres ? Des anciens, des amis, des parents, des communautés, de tous les liens qui nous soutiennent et nous ont construits ?
Expérience, solidarité et philosophie ne seront pas donc pas de trop pour nous interroger sur notre temps, qui navigue entre les eaux claires et troubles de l'émancipation sexuelle et de la luxure .. Car le rouleau compresseur de la société de consommation est passé par là: ultra-libéralisme et péjoration de la morale et des limites, mondialisation, mercantilisme, rejet des valeurs traditionnelles, masculinité/féminité en crise, hyper-sexualisation, généralisation des applis de rencontre, relations en obsolescence programmée, swipes14 et zapping social, speed dating.. Et ne parlons pas de la fertilité en baisse, qui n’est pas que biologique... au Japon, on commence à louer des petit.es ami.es pour la soirée. Là-bas, dans le maelstrom humain qui remplit des rames de métros comme on entasse du bétail dans des wagons, on ne se rencontre plus, nous rappelant l’expérience célèbre de surpopulation chez les rats qui menèrent à leur désintérêt pour la "chose" par saturation des interactions puis l’extinction de la colonie toute entière15. Les japonais ont même inventé un mot pour les personnes qui se mettent en retrait (hikikomori), l'équivalent anglais étant dating fatigue.. Alors aujourd’hui, l’on vante le célibat car le couple est devenu has been et contraignant, autant qu’on le redoute16. Selon John Gottman (psychologue spécialiste des relations) et d'autres études internationales17, seuls 25 à 30 % des gens seraient très satisfaits de leur relation à long terme, sachant que celle-ci interviendrait déjà après une ou plusieurs séparations.. Quand on se rencontre maintenant, on ne demande plus si on est vierge, on évoque son bodycount (nombre de partenaires dans une vie).
L’amour au temps des incendies
Pourquoi les incendies? Parce que par le désir intense je brûle. Et je m’enflamme. Je suis rongé par la jalousie, le manque et la peur de perdre tout, y compris ma vie, et ce, parfois, jusqu’aux crimes passionnels, qui font régulièrement les choux gras de la presse (affaire Jubilar). Et ne parlons pas de la garde des enfants qui nous prend aux tripes, sujet au cœur de la médiation familiale. Et puis il y a le froid, l’âge glaciaire, une fois la chute du jardin d’Éden gravée dans le tréfonds de nos âmes.. Et entre feu et glace, une histoire de l’humanité, l’invention de la guerre18. Combien de fois nos sociétés ont-elles disparu depuis 100 000 ans, tantôt affamées, tantôt colonisatrices ou colonisées, puis transies ? Effondrement des courants marins...
Le froid aujourd’hui est dans les solitudes, le renoncement et la soumission, la drogue, la malbouffe, les bullshit jobs et la misère sexuelle (pornographie, prostitution démocratisée en ligne (onlyfans19), les sextoys, les drames, les séries, voire les comédies romantiques).. Alors, dans cette société hors-sol addict aux écrans, l’amour est-il en voie de disparition? Il faut croire (chiffres du célibat en hausse constante, près d'un adulte sur deux en France)... Comme les vieux arbres, la biodiversité, la démocratie, comme l’eau, la parole. Il n'y a pas si longtemps, le Sahara n’était pas un désert, mais plutôt une jungle luxuriante. Il ne faut pas avoir peur d’ouvrir les yeux sur ce qui nous rend véritablement malade. Il faut savoir que les dystopies sociales, sont aussi des dystopies relationnelles, dans 1984, d' Orwell, en plus de limiter l’usage des mots, il est interdit d’aimer. Car aimer est subversif, bien sûr. Pour tous pouvoirs, à tous niveaux. À la base, on l’a vu, c’est déjà une forme de folie. Mais y a-t-il amour sans eau fraîche, sans rires, sans un peuple en liberté? Aujourd’hui, la paix du cœur nécessite la paix de nos communautés. Une écologie sociale. Retrouver le pouvoir de l’émotion. Celui de la sagesse, gisant dans les sociétés rongées par le pouvoir comme une statue grecque à 20 000 lieux sous les mers.
Heureusement, Il est une archéologie de l’amour. ..
Les conditions d’une vie affective réussie
Au moment ou l’IA et les agents conversationnels amorcent le « grand remplacement » des humains par la machine, que nous enseignent les coachs et conseillers matrimoniaux aujourd’hui?
-D’abord privilégier les rencontres dans la vraie vie (IRL, In Real Life), à travers ses hobbies, centres d’intérêts, passions, ou ses cercles d’amis, en cultivant la confiance en soi, son projet de vie, et une attitude d'ouverture sociale. Les inconvénients des rencontres virtuelles sont nombreuses20. Les taux de rupture y sont plus élevés21et les algorithmes renforcent certains biais en matière de séduction22. Les données internes d'OkCupid (site de rencontre mainstream) ont ainsi montré que les femmes considèrent que 80% des hommes ont "moins de la moyenne" au niveau de l'attractivité (confirmant peu ou prou la célèbre loi de Pareto23), une étude corroborée en 2021 plus largement par le MIT Technology review, qui précise que les hommes sont sous représentés dans la catégorie « hautement compatible ».
Les « cases » à cocher stéréotypées (male/ female casting24) et les photos ne suffisent donc pas. La rencontre est surtout sensitive, énergétique, biochimique (phéromones). Le corps est capable de savoir instantanément s'il est attiré par une autre personne. Le coup de foudre a été très étudié en neuroscience et les expériences ont montré que les réactions corporelles sont tellement rapides en présence d'un.e inconnue considéré.e comme attirant.e, que le cerveau n'en a pas encore forcément conscience. (décharges hormonales, pupilles dilatée ou autres réactions diverses).
-Savoir aussi qu’une relation amoureuse ne se base pas que sur la chimie mais se doit, selon Fisher, de respecter la règle des 3 A :
Attirance physique
Affection pour la personnalité
Admiration pour les valeurs.
On parle aussi de l’approche corps, cœur, esprit, tandis que selon les 5 R chaque partenaire doit s’attacher à : Rassurer,
Respecter,
faire Rire,
Rêver,
Rayonner son ou sa conjoint.e.
Des règles intuitives et de bon sens qui pourraient ne pas être suffisantes, si l’on pense en terme de durabilité (près de 50 % de divorces en France). Dane Charrier, psychologue spécialiste du couple distingue ainsi les relations peu durables se fondant sur la complémentarité, c’est à dire l'attirance pour ce qui nous manque, de celles se fondant sur la similarité des aspirations. « L’amour c’est regarder dans la même direction » (Saint-Exupéry).
Les opposés s’attirent surtout pour mélanger les gènes, mais « qui se ressemble s’assemble » fonctionne au niveau de la longueur d'onde. On observe ainsi chez les couples se séparant que leur fascination mutuelle des débuts pour le différent se mue avec le temps en différend, voire en opposition radicale. D’où l’intérêt de vérifier franchement dès le départ les valeurs fondamentales (argent, famille, politique, éducation des enfants, intimité, mode de vie, croyances, rêves, projets, peurs, blessures, limites, rythme personnel, passions...) avant que l’attachement rende toute décision ultérieure difficile, pour ne pas dire explosive.
Et donc l’importance d’une culture de la communication ( bienveillance, écoute, outil de gestion des conflits), par ailleurs signe de confiance entre les partenaires. N’oublions pas, aussi, que l’amitié, c’est à dire l’affection sincère (philia), que l’on pourrait associer à la notion de complicité est une condition sine qua non de l’amour romantique et durable, trop souvent négligée au profit de considérations plus primales (séduction, attirance physique, recherche d'affection, sexe, reconnaissance sociale, sécurité, argent, pressions diverses, influences, croyances, conditionnements..).
« Maints hommes pour un simple grain de beauté, ont épousé la femme entière ». Proverbe américain
A ce titre, une connaissance des langages de l’amour25 (Chapman) pourra être fort utile afin de mieux comprendre et satisfaire l’être aimé, sachant qu’une relation de couple, selon Dallaire, est une traversée de plusieurs années et décennies jalonnée d'étapes qu'il peut être judicieux de connaître26. Sur un plan sexuel on pourra parler d’érotypes27, afin de mieux cerner les désirs de l’autre, et donc les combler, ce qui n’est pas anodin quand on sait l’importance de la sexualité dans une relation, notamment en première partie de vie. Et puis s’assurer que l’on donne autant que l’on reçoit, comme nous le rappelle la théorie de l’équité28, dessinant deux cœurs en équilibre sur la balance pour que la relation repose sur deux personnes qui s'investissent également29.
Carolyn Bushong ("Les 7 erreurs à ne pas commettre dans un couple") nous rappelle quant à quelques erreurs fondamentales:
1. Imposer l’intimité (c.a.d ne pas respecter le rythme et le consentement du partenaire dans l’accès à son intimité, physique ou psychologique).
2. Vouloir secourir l’autre (syndrome du sauveur). On aime la personne telle qu'elle est, et éventuellement de cet amour peuvent s'opérer des changements avec le temps.
3. Considérer l’autre comme quantité négligeable
4. Vouloir avoir raison
5. Attendre que l’autre devine nos pensées
6. Jouer les martyrs (Calimero)
7. Laisser mourir la passion
Mais les compétences individuelles, la maturité ou la chance ne suffiront parfois pas, c’est pourquoi les sociétés qui inculquent une culture enracinée du mariage non contraint et de l'égalité de genre obtiennent le plus de stabilité et de bien être social30 31. La notion de liberté sexuelle, présente chez de nombreux peuples autochtones, implique moins une sexualité débridée qu'une capacité de disposer de son propre corps, en particulier pour la femme. À l’inverse, les sociétés fondées sur la compétition, le pouvoir, la polygamie, voire le cannibalisme, révèlent des taux de violence parfois très élevés.
Dans certains peuples autochtones on use parfois de la divination pour que les choix individuels soient les mieux ajustés pour le collectif. Aujourd’hui les voyant.es font d’ailleurs toujours office de conseils en matière matrimoniale. Car les décisions se font dans toutes les cultures et le risque de séparation demeure universel, alors beaucoup de nos ancêtres ont préféré l'apprivoiser plutôt que de le subir. Et quand elle advient malgré tout, il peut en être fait un apprentissage.
Tel est le cœur du travail en médiation, qui apprend à aimer autant qu' à se séparer pour mieux s’unir.
« Mariage plus vieux, mariage heureux. »
Ainsi la rupture peut-elle être considérée comme un rite de passage douloureux, mais profondément transformateur. Pour nous rappeler que toute évolution certaine dans la vie passe par les enseignements de la difficulté. « Si tu veux savoir, ne demande pas à celui qui a voyagé, demande à celui qui a souffert. »
En Inde, arrivé le moment de la retraite, il était d’usage de se retirer de la vie mondaine pour se consacrer entièrement à la voie spirituelle, et ainsi se préparer au passage ultime vers la vie suivante (théorie du karma et de la réincarnation), certains mystiques et religieux ont ainsi pu vivre les états avancés d’amour altruistes et ouverts sur l’humanité que les grecs appelaient l’agapè, c’est à dire la compassion, le dévouement, et l’élan de charité authentique qui en découle, on parlerait aujourd’hui d’adelphité( fraternité + sororité).
Et puis des expériences de samadhi et de paix intérieure plus profonde encore (ataraxie), issues de la disparition des peurs et du sentiment de séparation d’avec le « Tout ». Telle est la notion d’éveil, d’illumination, de non-dualité32, relatée comme mystérieuse, insaisissable, rare, et qui se manifeste par une écoute et une curiosité profonde, une incarnation puissante à ses émotions, une disparition totale de la culpabilité. Alors en découle un sentiment de liberté inédit, s'associant à une hypersensibilité aux sensations, complètement redécouvertes pour l’occasion, dans un présent éternel qui relègue le temps à l’état de souvenir ou de rêve futile. Le mental ratiocinant33, replacé essentiellement à sa fonction de traitement des affaires courantes, se gère ainsi de manière beaucoup plus efficace. La névrose contrôlante s’efface ainsi devant une lumière claire et compréhensive, mue par la vérité, incluant même ce qui l’oppose, la limitation et les peurs, faisant ainsi de la vulnérabilité sa force ultime. Tous les aspects de son être sont nourris, de l'instinctif au spirituel, dans des vibrations de couleurs et de mélodies qui se composent depuis la nuit des temps et déroulent leur partitions avec une maîtrise impersonnelle qui dépasse le seuil de l'infini. Plutôt qu'une fin du chemin, les témoignages évoquent un commencement, à l'image d'une renaissance. Cet amour aussi doux que le fait de respirer et trop humble et évident pour être reconnu, pourrait être le seul, finalement, qui ait jamais réellement existé.
« Savoir que je ne suis rien est sagesse,
Savoir que je suis tout est amour »
Nisagardatta Maharaj
1Selon les travaux de chercheurs américains nous aurions perdus près de 340 mots par an en moyenne depuis 20 ans en Occident.(Valeria A. Pfeifer Matth,ias R. Mehl, 2026 )
2Voir les étapes du deuil d’Élisabeth kübler-Ross
3Les anglo-saxons emploient les termes d’ « amitié avec avantages » ou de sexfriends, on parle aujourd’hui plus largement de hook up culture, de lutinage, de libertinage, de situationships pour des relations non-engagées, dites aussi d’usage.
4Wokisme : mouvement militant contre les injustices sociales et les oppressions systémiques et culturelles (racisme, sexisme, homophobie, transphobie, validisme, statut social...)
5tsunamis de livres, magazines, blogs, chaines youtube, comptes insta ou tik tok d’expert.es en tous genres
6Red flags : drapeaux rouges, signaux rédhibitoires
7Lovebombing : bombarder de mots d'amour très rapidement ; future faking : fausses promesses pour séduire ; mosting : mélange de lovebombing et de ghosting ; ghosting : faire le mort, ne pas répondre aux messages
8évitants, anxieux, désordonnés selon Bowlby
9« Triade sombre » de la personnalité ( psychopatique, narcissique, machiavélique) Delroy L. PAULUS(en) et Kevin M. WILLIAMS, 2002. D'autres auteurs y rajoutent la personnalité sadique.
10Z.BAUMAN, La société individualisée, 2001;H. ROSA, Accélération, 2010,J. BAUDRILLARD, Simulacres et simulations, 1981 ; S. TURKLE, Seuls ensemble, 2011 ; B-C HAN, La société de la fatigue, 2010
11Kink : préférences sexuelles non-conventionnnelles, BDSM : Bondage, Discipline, Sado-Masochisme ; Sexpo : mouvement dit « sex-positif » (émancipation des individus par la libération sexuelle, dans des cadres de consentement réfléchis et explicites), issu de la mouvance féministe pro-sexe notamment
12Pratique du sexe sous substances chimiques (psychotropes)
13Des footballeurs rédigent maintenant des contrats de consentement très détailles pour préserver leur carrière
14Swiper : faire glisser l'image d'un profil dans des applications de rencontre
15CALHOUN, Univers 25 expérience, 1968
16Single shaming :stigmatisation des célibataires, Anuptaphobie : peur de rester célibataire toute sa vie
17J. GOTTMAN What predict the divorce ?, 1993 ; INED, Les enquêtes sur les relations conjugales, 2023, GALLUP, Global Emotion Report, 2023.
18Une théorie sur l’apparition de la guerre est développée dans l’incontournable livre de GRAEBER et WENGROW,
Au commencement était… - Une nouvelle histoire de l'humanité, 2021
19OnlyFans est une plateforme d’abonnement en ligne créée en 2016 et basée à Londres, permettant aux créateurs de monétiser leur contenu, principalement érotique ou pornographique, ainsi que d’autres types de contenu comme le fitness ou la musique. En 2026, OnlyFans compte 4 millions de créateurs et 377 millions d’utilisateurs enregistrés (source wikipédia)
20Hypersexualisation, ghosting, harcèlement, fuites de données, arnaques et catfishing (faux profils), paradoxe du choix montrant que plus ils sont nombreux moins on est satisfait (étude Göteborg 2020), superficialité et déshumanisation, fidélisation par les algorithmes, profils mensongers ou inexacts, culte de l'apparence, coût financier...
21Études des universités de Stanford, Göteborg, Chicago
22Selon une étude de l'université de Californie sur TINDER, 2021, 10 % des profils reçoivent 60% des like, les hommes avec photos d'abdos visibles reçoivent 10 fois plus de matches.
23En 1896, Pareto observe que 80 % des terres en Italie appartiennent à 20 % de la population. Il étend cette observation à d’autres domaines, comme la répartition des richesses, et formule le principe selon lequel une minorité d’efforts produit la majorité des résultats.
24Male casting : sélection des hommes par les femmes sur des critères stéréotypés(grand, riche, sportif), le pendant féminin étant la tradwive(femme à la maison, douce, belle et gracieuse)
25Les cadeaux, le temps passé à deux, les paroles valorisantes, l’attention, le toucher
26Lune de miel, lutte pour le pouvoir, partage du pouvoir, engagement, ouverture sur autrui
27Selon Laura PYNSON : le primal, le sensitif, le transgressif, l'éthéré, le versatile, l'artiste, l'architecte, l'alchimiste
28JS ADAMS, 1963
29Il n’est pas parlé ici des asymétries possibles entre masculin, féminin ou même non-binaire (3ème genre reconnu dans certains pays) sur la forme que peuvent prendre les échanges au sein du couple.
30Recherches chez les Arapesh, Moeurs et sexualité en Océanie, M. MEAD, Les Kogis de Colombie par exemple, et bien d'autres)
31Le polyamour(entre 1 et 5% voire plus de prévalence selon les pays interrogés), représente une voie d’expérimentation, au demeurant très minoritaire, mais souffre de biais de pouvoir importants et de la confusion qui est faite par certain.es de leurs pratiquants avec la séduction facile, une simili-polygamie ou une forme moderne de libertinage. Sa difficulté d’accès en raison de ses exigences très élevées en termes de compétences relationnelles, que certain.es diront utopiques, fait souvent l’objet de débats animés, nourris par les fantasmes et passions qu’il suscite.
32Plus qu'une simple philosophie, la non-dualité(advaïta vedanta en Inde, Tao en Chine, soufisme dans le monde musulman..) est une métaphysique fondée sur l'expérience directe de l'instant présent, et le discernement qui en découle, révélant l'individu comme étant purement fictif, tout autant que le libre-arbitre auquel il est associé. La non-dualité se présente comme un miroir sur la réalité déjà totalement accomplie et auto-suffisante, plutôt qu'un panneau indicateur vers une amélioration constante de l'individu apparent. Cette sagesse peut donc être considérée comme une non-voie ou une méta-spiritualité, qui ne s'oppose en rien à la dualité, qu'elle inclut dans la perception d'un tout cohérent, indivisible et ontologiquement mystérieux et inconnaissable, faisant ainsi taire les mécanismes de contrôle du mental égotique tout autant que ses questions existentielles afin de laisser place à ce qui est tel quel, inconfortable ou agréable. Plus d'infos : https://eveilimpersonnel.blogspot.com/
33Ramesh BALSEKAR oppose le mental ratiocinant (névrosé) et le mental pragmatique (en paix)