LOGIQUE MÉDIATION
Florac, St-Jean-du-Gard, Cévennes, Gard, Lozère, région Sud, visioconférences
ÉCOUTE
GESTION DES CONFLITS
ACCOMPAGNEMENT DE GROUPES
2. Biais de dépression et de traumas
Dépression
Aaron Beck, père de la Thérapie Cognitive et Comportementale, a introduit dans les années 60 le terme de distorsion cognitive pour expliquer en particulier la dépression. Il établira une liste de 6 biais principaux associés :
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La pensée binaire « tout ou rien » ou « noir ou blanc », dichotomique, polarisée (biais de manichéisme que l’on a évoqué avant). Engendre l’exagération, l’outrance, puis des personnalités perfectionnistes.
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La conclusion hâtive
Tirer des conclusions hâtives souvent négatives à partir de peu d’éléments. Un biais associé très présent est la lecture de la pensée d'autrui (proche du biais de projection décrit plus loin) qui consiste à projeter des pensées possibles ou probables d'une personne (procès d’intention); Une autre étant l'erreur de prévision qui est de prendre pour des faits des attentes sur la tournure des événements.
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La surgénéralisation
Tirer une conclusion générale d’éléments isolés. Par exemple l’individu qui est en échec une fois, dira que cela arrivera toujours.
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Le filtre
Tendance à se focaliser sur des détails négatifs d’une situation, ce qui engendre une vision négative de l'ensemble .
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La dramatisation et la minimisation
Très présent chez les personnalités dites « drama ». Outrances, exagérations, amplification des évènements agréables ou désagréables conduit à la pensée binaire. Idem pour la minimisation de qualités positives sur soi, les autres ou des évènements.
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La personnalisation
Appropriation des évènements de la vie pourtant hors de contrôle, pour soi ou de la part des autres personnes. Une tendance qui sera évoquée dans le paragraphe sur les biais d’égo.
Une liste complétée en 1980, par le psychologue David Burns :
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Le raisonnement émotionnel
Il est évoqué plus haut. Parasitage du jugement par les émotions. Très présent dans le langage "chacal" de la CNV. ( voir l'article sur l'intelligence émotionnelle)
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Les croyances sur ce qui devrait être fait (fausses obligations)
Attentes irréalistes sur soi et les autres. Ce qui génère de la culpabilité et des sentiments de frustration, de colère et de ressentiment. Associées au biais de conditionnement social, abordé plus loin.
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L'étiquetage, ou biais de jugement moral
Même mécanisme que la généralisation. Enfermement dans des cases stigmatisantes, plutôt que de décrire simplement la situation d’origine et les émotions qu’elles suscitent.
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Le blâme
Tenir à tort les autres pour responsables de ses émotions ou au contraire se blâmer pour celles des autres.
D'autres distorsions ont par la suite été identifiées telles que :
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l'illusion de justice : le biais d’illusion de justice pousse les individus à croire que le monde est fondamentalement juste : les gens reçoivent ce qu’ils méritent, et inversement. Ce biais conduit souvent à blâmer les victimes (« elle devait avoir fait quelque chose pour mériter ça ») ou à minimiser les injustices structurelles, car elles contredisent l’idée d’un monde équitable.
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l'illusion de contrôle : tendance à croire qu’on a plus de contrôle sur une situation qu’en réalité, même quand les événements sont aléatoires ou déterminés par des facteurs externes.
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Biais de comparaison négative, qui est la tendance à se comparer négativement aux autres…engendrant, jalousie, dévalorisation, complexe d'infériorité, qui pour ce dernier pourra être compensé par un complexe de supériorité si l'individu "réussit" socialement dans la vie.
Des biais qui se construisent d’ailleurs souvent sur des failles éducationnelles ou affectives, ou des traumatismes, comme Bowlbi l’a montré avec son incontournable théorie des attachements sécure et insécure.
Ainsi, lorsque des traumas importants subviennent, des réactions psychologiques spécifiques de défense vont se manifester via certains biais en particulier:
Biais liés aux traumas
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Biais de rappel
Tendance à se souvenir plus facilement des informations liées à un événement traumatique.
Souvenirs intrusifs, reviviscences.
Souvenirs détaillés d’un drame alors que les détails autour sont flous.
Peut renforcer le stress post‑traumatique.
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Biais d’interprétation
Tendance à interpréter les nouvelles informations à travers le prisme du traumatisme passé.
Hypervigilance, méfiance excessive.
Interpréter une geste neutre comme une menace.
Influence les jugements sociaux.
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Biais de confirmation
Recherche ou sélection d’éléments qui confirment la perception du danger liée au trauma.
Renforcement des croyances négatives. Légitimation des peurs et des protections.
Perpétue l’anxiété.
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Biais d’attribution (correspond au blâme vu plus haut)
Attribution exagérée de la responsabilité ou de la culpabilité à soi-même ou aux autres à cause du trauma.
Sentiments de honte ou de colère.
Se sentir responsable d’un abus subi.
Souvent observé dans les troubles de stress.
Nourrit le syndrome victimaire.
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Biais de généralisation
Extension d’une expérience traumatique à des situations similaires non liées.
Évitement généralisé, isolement.
Peut limiter les activités quotidiennes.
Exemple : Refuser de sortir dans la rue après y avoir subi un vol à l'arrachée. "Sortir dans la rue, c'est dangereux".
En l’absence de ressources et de conditions adéquats, une stratégie pour faire face à la pression traumatique (situations dans lesquelles des représentations du danger peuvent resurgir) peut-être celle d’aller se réfugier dans des bulles épistémiques, des espaces affinitaires où des profils de personnes associées au danger et les opinions subversives qui peuvent y être accolées sont écartées. Dans l’univers des réseaux sociaux, ce phénomène ne manifeste par la bulle de filtre, même si ce sont les algorithmes qui l’imposent, pour des raisons commerciales notamment. Il faut flatter et ne pas stresser le consommateur.
Dans le stade plus avancé de la chambre à écho, les opinions divergentes apparaissent, mais le terrain a été préparé pour les disqualifier d’avance. Des systèmes de croyance sont ainsi mis en place, relayés par des intellectuels choisis, des meneurs ou des influenceurs sociaux. Lorsque surgit une information contradictoire, elle est décrédibilisée. L'effet loupe est omniprésent dans ces milieux, également appelé biais de fréquence, qui se manifeste par l'impression qu'un sujet, un produit ou une information est omniprésent alors qu'il ne l'est pas nécessairement. Il peut-être lié au biais de confirmation, évoqué pour les traumas.
Le biais de faux consensus qui en découle amène à croire que nos propres opinions sont plus répandues qu'elles ne le sont réellement. Il s'associe en général avec les biais de confirmation et de généralisation qui amplifient une menace existante. Le slogan "tout le monde déteste la police", par exemple, entendu dans des manifestations militantes, en est une illustration.
Ainsi les milieux militants ou ceux où l'entre-soi est marqué sont-ils très soumis à ce phénomène. L'altérité, perçue comme un danger, favorise la persistance et la radicalisation d' images d'ennemis contre lesquels il faut se battre à tous prix. Dans le monde politique, cela se manifeste par la particratie et le phénomène de polarisation: extrême droite VS extrême gauche, VS extrême centre. L'histoire a montré que les régimes autoritaires et la dictature n'étaient en ce cas jamais très loin.
Ce sont d’ailleurs dans ces sphères que l'effet retour de flamme se manifeste : lorsque les individus sont confrontés à des faits ou des arguments logiques qui s'opposent à leurs opinions, ils réagissent en renforçant leur conviction initiale. Ce biais est étroitement lié à la l'effet autruche, où les contradictions malaisantes sont écartées, à la dissonance cognitive, où c'est le système de croyances qui est réadapté. Dans d'autres cas, la réduction de la dissonance cognitive va redéfinir au contraire la situation pour éliminer les contradictions. Ces effets sont plus prononcés lorsque les croyances sont fortement liées à l'émotion ou à l'idéologie, et chez les individus qui ont peu confiance en eux ou doivent faire face à un sentiment d'insécurité. Ces biais sont liés d'une manière générale au biais de l’évitement du malaise, qui fait préférer souvent le confort à l'effort nécessaire pour s'adapter à une situation ou évoluer dans la vie.
Si vous scellez le tout par la tache aveugle à l'égard des préjugés, cette tendance à ne pas percevoir les biais cognitifs à l'œuvre dans ses propres jugements ou décisions, puis le biais d'immunité à l'erreur qui consiste en ne tout simplement pas voir ou largement minimiser ses propres erreurs, vous assistez à la naissance des idéologies radicales et des intégrismes où les oppositions sont interdites. Lorsque devenues majoritaires dans un groupe, ce sont les principes d’esprit critique et de démocratie, on l'a évoqué, qui sont remis en cause.
Les biais d’immunité à l’erreur et de tâche aveugle associés au blâme et au biais de filtre sont évoqués dans la tradition orale par la parabole de la paille et de la poutre et sont à l’origine du dicton : « la passoire dit à l’aiguille qu’elle a un trou ».
Le mental recherche-t-il la vérité ou bien à légitimer ses peurs ?
Pour comprendre en quoi la recherche de vérité est moins spontanée que la protection de nos croyances et de nos habitudes de pensées, le biais de cohérence, a été identifié comme la tendance psychologique à privilégier les informations et les choix qui confirment une vision cohérente de nous-même et de nos orientations passées. Cette disposition mentale nous conduit à adapter nos souvenirs, nos perceptions et nos futures décisions pour maintenir une identité, une estime de soi, et légitimer nos choix antérieurs.
Ici, le système 1 de Kahneman est en priorité à l’œuvre, celui de la pensée rapide et automatique (le système 2 étant celui de la pensée lente et réfléchie). Notre cerveau, par économie d’énergie, préfère s’appuyer sur des schémas établis plutôt que de prendre le temps de réévaluer constamment chaque situation. Cette stratégie mentale nous permet de prendre des décisions rapidement à coût énergétique faible, mais conduit à nous tromper et persister dans la mauvaise direction si elle ne s’accompagne pas d’une réflexion plus posée à d'autres moments.
L’effet Marshmallow est d'ailleurs assez représentatif de notre tendance cognitive à privilégier systématiquement une gratification immédiate (système 1) plutôt qu’une récompense future plus avantageuse (système 2).
Ceci dit, outre les question de temps et d’énergie pour le traitement des données, beaucoup de ces mécanismes psychologiques ont aussi, on l'a vu avec la bulle épistémologique, pour fonction d’éviter la confrontation directe de l’individu à des stimulus susceptibles de réenclencher de manière inopinée un accès à des traumas, des remises en cause profondes ou des peurs viscérales, ce qui serait trop éprouvant pour le système nerveux, par ailleurs largement conditionné pour éviter la vulnérabilité. Sans ces protections d’urgence, des états de choc, de sidération, dissociation, déréalisation, dépersonnalisation, décompensation, des crises émotionnelles incontrôlables ou autres troubles psi pourraient se manifester à tout instant, impactant fortement sa santé et son adaptabilité sociale au quotidien.
Bien sûr, au long court, ces protections deviennent inadaptées et trop lourdes à porter pour le psychisme et la santé de la personne. Elles impactent aussi considérablement le lien social, rongé par les antagonismes protectionnistes collectifs qui en sont issus. C’est tout le paradoxe de l’instinct de survie individuel, qui ne trouve sa raison d’être que s’il est régulé par l’intelligence sociale.
C’est là qu’interviennent la métacognition, mais aussi la psychothérapie, la psychologie, la médiation des conflits, la justice restaurative, la méditation, l’art, l’activité physique, ou d’une manière plus large la culture, les sciences sociales, et l’éducation.
Encore faut-il que le corps scientifique et psychothérapeutique soit lui aussi vigilant…
3. Les biais de jugements et de diagnostics
4. Les biais relationnels et biais d'égo
5. Les biais de conditionnement social et de consentement